Paul Rousteau[FRA]

  • Photographie & Cinéma

Interview

Le 28.11.2023 par Louise Conesa

Dans le prisme de Paul Rousteau

Tafmag est parti à la rencontre d’un photographe animé par la couleur, la beauté du monde et l’imprévisible. Une parenthèse optimiste qui est la bienvenue pour vitaminer cette fin d’année.

À LA DÉCOUVERTE D’UN ATELIER ÉPOUSTOUFLANT

Les maisons en briques rouges défilent depuis la vitre de la voiture. Nous voilà, en ce début d’année, en Haut-de-France. Dans l’Oise plus précisément. Là où Paul Rousteau et sa famille ont posé bagage il y a près de trois ans. Cette région, le photographe ne l’a pas choisie au hasard. C’est ici qu’il est né. Mais jusqu’à aujourd’hui, le créatif a parcouru nombre de paysages. Il passe son enfance en Auvergne et son adolescence à Paris. Puis il fait un crochet pour ses études en Belgique et en Suisse, avant de revenir une dizaine d’années sur la capitale. Mais l’appel aux sources est le plus fort. Nous le rencontrons donc chez lui, dans l’une de ces demeures à la façade typique mais où l’intérieur révèle un tout autre aspect : une nef spacieuse et lumineuse s’ouvre sur un jardin foisonnant. Une première surprise, prélude de ce qui nous attend cette matinée. « Il s’agit d’un ancien corps de ferme que nous avons entièrement ouvert. Mon bureau sur la mezzanine, surplombe cet espace et donne sur le jardin ».

De l’architecture à la peinture

On y ressent instinctivement la créativité de Paul. Une veine artistique qu’il est le seul à posséder dans sa famille. « De ses quatre enfants, ma mère a toujours dit que j’étais l’artiste. Une mission que j’ai acceptée avec grand plaisir ! » raconte-t-il une pointe d’humour. En effet, son bac en poche, le jeune homme met les voiles vers la Belgique où il débute des études en design. Mais ses colocataires, se formant à la photographie, éveillent en lui une curiosité pour cette discipline. Sans plus attendre, il s’empare d’un appareil compact et s’attelle à capturer ce qui l’entoure. La ville, ses soirées, ses balades. La passion est née.

« Mes professeurs et camarades en Belgique avaient une liberté rebelle qui a forgé mon regard ».

Si son style reconnaissable commence à prendre forme, le jeune homme s’envole néanmoins en Suisse à l’école de Vevey pour connaître les techniques photographiques. « Mes professeurs et camarades en Belgique avaient une liberté rebelle qui a forgé mon regard. En Suisse, je me suis interrogé sur les règles que j’apprenais. J’ai alors voulu faire l’inverse pour révéler une autre facette de la photographie. L’art est sûrement le seul champ dans lequel on a le droit de jouer avec les règles ».

L’eye-catcher

Un anticonformisme non pas farouche mais instinctif, que l’on ressent à bien des égards. Car Paul est guidé par ses émotions. « J’ai débuté la photographie d’abord pour moi. Pour me surprendre avant de toucher le spectateur ». Le créatif perçoit l’art comme une expérience personnelle qui éveille les émotions. Il touche le cœur des gens au premier regard et les emmène vers un autre monde. C’est comme cela qu’il conçoit ses photographies. Et il n’y a qu’a y plonger son regard pour le sentir. Des visages ou des paysages animés par un tourbillon de couleurs qui pourraient nous méprendre sur le médium. Les américains les qualifieraient de « eye-catcher », attrape-regard.

Si la couleur et le mouvement sont les ingrédients principaux de la « patte Paul Rousteau », la recette finale est en constante réécriture. « Je ne suis pas à la quête de la photographie parfaite. Je souhaite révéler autre chose que ce que peut nous donner une simple photographie. Et cela passe par la recherche d’erreurs et l’expérimentation ». Et les méthodes sont aussi diverses et imprévisibles que ses projets. De filtres colorés, au miroir, en passant par des fleurs que l’esprit créatif vient placer devant son objectif. Le résultat ? Des corps ondulants qui se fondent, et des visages au léger voile coloré. Certains verront une réminiscence fauviste, d’autres impressionnistes. Pour cause, le photographe y puise souvent son inspiration. Comme ces artistes avant-gardistes, il interroge notre vision du monde. « Une fourmi ne verra pas la même chose qu’un arbre. Même entre humains, le regard sera différent car il sera biaisé par les pensées et les sentiments. Ce sont ces différentes réalités que je souhaite montrer ». Paul Rousteau rend visible l’invisible. Peu étonnant que le festival Normandie impressionniste l’ait invité en 2023, à réinterpréter ce mouvement artistique. « Lorsque le festival m’a contacté, j’ai tout de suite voulu réaliser mon rêve le plus fou : capturer le lever du soleil du point le plus haut ». Ni une, ni deux, l’aventurier s’embarque dans un ULM pour saisir cette lumière qui fait fantasmer tant de photographes. Et le résultat est saisissant. Mer et falaises abruptes se révèlent autrement, frappées par une lumière aussi vive qu’étincelante.

Ouvrir le regard sur la lumière et la beauté

Là est sûrement la force créative de Paul Rousteau : ouvrir notre regard sur la beauté de notre environnement proche. Alors que nous rêvons tous de nous envoler vers des contrées lointaines à la recherche de dépaysement et de beautés exotiques, le créatif sait percevoir tout l’enchantement autour de lui. « Avec le Covid-19, j’ai commencé à photographier ma région. Comme des expéditions, je partais découvrir avec joie ces lieux avec un œil nouveau ».

Pendant cette conversation suspendue, nous n’avons pas vu le temps filer. Avant de nous quitter, cet amoureux de la couleur nous partage ces prochains projets qui n’ont pas manqué de nous surprendre. Alors qu’il prépare une exposition avec la Villa Noailles à Hyères sur le thème de la plage, au côté de la jeune création régionale, il planche sur un projet d’affiche dont les idées folles se bousculent dans son esprit. Le photographe ne se pose aucune limite jusqu’à même faire appel à l’intelligence artificielle. Un nouveau champ des possibles qui, entre les mains de ce rêveur, promet l’émerveillement !

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